Dans le monde de l’animation japonaise, certains films surprennent autant par leur intrigue que par la présence inattendue de leurs créateurs à l’écran. Un long-métrage en particulier se distingue grâce à l’apparition exceptionnelle de son propre réalisateur.
Dans le monde de l’animation japonaise, certains films surprennent autant par leur intrigue que par la présence inattendue de leurs créateurs à l’écran. Un long-métrage en particulier se distingue grâce à l’apparition exceptionnelle de son propre réalisateur.
L’irruption de Fritz Lang dans l’univers d’Edward Elric
Difficile d’imaginer, au premier abord, le cinéaste expressionniste Fritz Lang croisant la route des frères Elric. Pourtant, c’est ce que propose le film « Fullmetal Alchemist the Movie: Conqueror of Shamballa », épilogue inattendu de la série animée culte. Alors qu’Edward Elric tente de s’adapter à la vie dans le Munich de 1923, il se lie d’amitié avec un personnage singulier : une version fictionnelle de l’auteur de « Metropolis » et « M », qui n’est autre que le sosie animé du terrible Führer King Bradley, antagoniste emblématique du manga.
Cinéma, histoire et clins d’œil scénaristiques
L’intégration de Fritz Lang, née d’un clin d’œil aux fans selon le scénariste Shō Aikawa, dépasse vite l’anecdote. Ce choix audacieux permet au film de tisser des liens entre fantastique et réalité historique. Dans ce Munich rongé par la montée du nazisme — en pleine année du putsch raté d’Adolf Hitler —, l’intrigue met en scène la société occulte Thulé et fait écho à la carrière réelle du cinéaste : admiré par les nazis, mais contraint à l’exil du fait de ses origines juives. On relèvera que dans le doublage japonais comme anglais, Lang partage sa voix avec celle du Führer Bradley, renforçant ainsi la mise en miroir ironique entre les deux personnages.
L’alchimie entre rêve et réalité
« Conqueror of Shamballa » pousse plus loin les thématiques chères à la série : le contraste entre un univers où tout semble possible grâce à l’alchimie et une Europe bien réelle, marquée par les lois physiques et sociales. Le film exploite ce contraste jusque dans la palette de couleurs ou le costume d’Ed, désormais sobrement vêtu. Plusieurs éléments renforcent ce dialogue entre mondes :
- Amestris incarne l’imaginaire et la possibilité de créer par alchimie.
- L’Europe réelle impose ses limites physiques et historiques.
- Chaque personnage y trouve un double reflet déformé de lui-même.
Une conclusion douce-amère mais cohérente
À rebours des résolutions simples, le long-métrage choisit une fin nuancée. Les frères Elric décident ensemble d’affronter l’incertitude du monde réel après avoir empêché l’invasion orchestrée par la société Thulé. Loin des happy ends faciles, cette conclusion — portée par « Lost Heaven » de L’Arc-en-Ciel — rappelle que certains sacrifices demeurent sans réciprocité. Pour reprendre les mots d’un critique japonais cité sur le DVD collector : « Tant de gens fuient aujourd’hui dans des mondes imaginaires, niant ainsi le réel ». Ici, les héros choisissent finalement d’y faire face — une réflexion qui prolonge avec subtilité toute la richesse philosophique de « Fullmetal Alchemist ».
Source originale: www.begeek.fr